Ramener l'Infini au Centre
Il y a des moments, où le dehors nous attire, comme une abeille est séduite par le pollen d'une fleur. Les après-midi sont réchauffantes, avec ces températures qui montent comme si on était propulsés à 3 mois en avant. Le climat se réchauffe à notre plus grand bonheur ! C'est dans cette après-midi, qu'il est décidé d'aller marcher près d'un lac, qui fait 3,5 km.
Quand la méditation s'écourte, c'est comme si Īsvara nous prend par la main, pour nous emmener vers d'autres contrées, où sa place est ici et ailleurs !
On ramène toute cette immensité (les 2 km, le ciel bleu) vers l'infiniment petit (Paramāṇu) : le point d'appui du corps, le passage de l'air.
Aujourd'hui, le thermomètre annonce 31 degrés. On est juste au mois d'avril, c'est bluffant et en même temps c'est régalant. Le dicton qui dit: " En avril ne te découvre pas d'un fil" est juste mis entre parenthèse, en ce jour. Un jean, des baskets et un tee-shirt, feront l'affaire.
Un bonheur cette promenade. Le vent est si délicat, vient effleurer caresser le visage, comme pour y donner de la légèreté, de la douceur malgré cette chaleur, qui s'imprègne à chaque pas de fait. Cela est bien agréable, faut le dire ! Dans de telles circonstances, on ne peut qu'y voir " Īsvara" présent sur les lieux, accompagnant.
C'est tout un orchestre qui est présent. Les feuilles des arbres frémissantes, les gens qui font parties de cette balade, les canards qui cancanent, les oies qui cacardent, tout ce petit monde joue sa partition, dans cette espace ouvert vers ce ciel bleu. Īsvara, il est partout ! L'air doux dans les cyprès chauves de Louisiane, dans les gens souriants, dans ce lac, dans ce pêcheur tout fier d'avoir attrapé une carpe de 19 kg et dans son fils tout fier lui aussi, de photographier son père. C'est une carte postale vivante !
La balade se poursuit pendant 2 km, pour s'asseoir sur un banc, contempler ces mouvements, ce paysage qui s'offre, comme d'une présence bienveillante, participante. C'est bon d'être là, pour voir ces instants défilés, cette harmonie qui se dessine où chaque chose participe elle même, à cette même harmonie. Restant dans ce flux conscient, c'est comme se maintenir à ce qui se joue, là, pour ne pas en être séparé. Juste, en faire partie, encore et encore.
Encore et encore, faire partie de ces instants, si vibrants dans leur essence, qu'on est nous aussi, si fier dans faire partie. Les enfants qui crient, qui courent, qui jouent, les parents souriant avec leurs pairs, tous, entrelacent ce monde végétal aussi, pour ne pas y être à l'écart. Simplement là, comme décorant la scène. Et pourtant, Īsvara ne se déguise pas tant, et pourtant, il empreinte tout ce qui fait que tout respire, dans ce bas monde.
Le plus difficile, c'est sans doute le retour, revenir dans le siège de méditation, pour y faire la pause. Revenir à la posture intérieure, calme, introvertis, qui était connu avant d'aller marcher. C'est une transition délicate mais profonde. Passer de l'expansion du dehors (le vent chaud et doux, la chaleur 31 degrés, l'espace) à l'intériorité du fauteuil. C'est l'exercice même de la " souveraineté". Le plus difficile, c'est la différence de densité.
Dehors, l'attention était diffuse, portée par les éléments. Sur le fauteuil, l'attention doit redevenir un faisceau précis. Pourtant, cette " posture intérieure" avant d'aller marcher n'a pas disparu. Elle est simplement recouverte par l'empreinte sensorielle du dehors. C'est ici, que le verset 1.40 prend tout son sens. La maîtrise doit maintenant s'étendre de l'infiniment grand (le ciel, le vent, les 2 km de marche), à l'infiniment petit ( le souffle dans les narines, le point d'appui du corps sur le fauteuil).
Et laisser faire...être là, à cet instant précis, juste là. Ramener "Īsvara" du dehors, jusque dans le silence du dedans. Il nous attend. L'infiniment grand (le dehors) et l'infiniment petit (le dedans) se rejoignent dans cette même Présence. C'est la définition même de la Souveraineté: être chez soi partout, car le "Hôte" est le même.
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